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Motion de l’équipe LIL du laboratoire LCF (EA 4549) de l’Université de La Réunion à propos des réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche

porte-voixVoici la motion votée ce jour par l’équipe LIL (Littérature, Information-communication et Linguistique) du LCF (EA 4549) de l’Université de La Réunion, à propos du projet de réforme de l’ESR. Cette motion a été votée avec 14 voix pour, une absentions, et aucune voix contre. Elle sera envoyée à SLU pour alimenter l’ensemble des motions votées au plan national.

19 février 2013

Les enseignants-chercheurs réunis en AG de laboratoire s’associent aux inquiétudes manifestées dans diverses instances représentatives de la communauté universitaire (sections CNU n° 8, 9, 10, 11, 14, 16, 21, 22, 23, 24, 26, 28, 60, 64, 68, 70, 72, 74), ainsi que par Sauvons L’Université et Sauvons La Recherche, au sujet des orientations qui se dégagent des rapports, mesures et recommandations ayant suivi les Assises nationales (rapport du député J.-Y. Le Déaut, avant-projet de la future loi pour l’ESR).

Ils tiennent à affirmer que l’université et la recherche, et plus particulièrement les lettres, langues, sciences humaines et sciences sociales, ne peuvent s’inscrire dans une perspective d’utilitarisme économique sans danger de disparition rapide de l’esprit critique qui fonde nos pratiques d’enseignement et de recherche. C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que le transfert de la recherche publique vers l’économie devienne une mission du service public, pas plus que la valorisation économique ne devienne le critère de l’excellence de la recherche en général (Article L123-2 et L123-5 du projet de loi).

De même, la gestion étroitement quantitative et à court terme du dispositif de l’enseignement supérieur qui se dessine, tant nationalement (avec l’affirmation de Mme la Ministre, dans Le Monde du 30.01.2013, de la nécessité de faire disparaitre 5800 spécialités de master) qu’au sein de chaque université, va à l’encontre de la diversité et de la spécialisation des savoirs produits par la recherche. La diversité des savoirs produits et enseignés est la condition d’une véritable démocratisation de l’accès au savoir. La spécialisation des savoirs, et le lien organique entre enseignement et recherche, sont la garantie d’une érudition et d’un dépassement du sens commun sans lequel nos enseignements n’ont tout simplement plus aucun sens.

Rappelons enfin que le thème de la « lisibilité des diplômes » qui sert de justification aux mesures de suppressions de 5800 spécialités de master est exactement le même que celui mobilisé en 2003 pour disqualifier l’ancien cadre diplômant (DEUG, Licence, Maîtrise, DESS/DEA) et pour mettre en place le LMD, aujourd’hui accusé d’illisibilité à son tour…

Plus précisément :

1. Ils déplorent que, loin de réintroduire de la collégialité dans le processus de décision, le projet actuellement envisagé accentue l’affaiblissement des instances élues, soit par le maintien du rôle strictement consultatif de la nouvelle instance fusionnée CEVU/CS, dite « Conseil académique », soit par occultation (CNU, CNESER), soit par recours au mode de la désignation au lieu de l’élection (personnalités extérieures ou qualifiées dans les CA ; membres du Haut Conseil à l’Évaluation – remplaçant l’AERES).

2. Ils réaffirment l’importance fondamentale des missions du CNU dans la gestion des carrières des enseignants-chercheurs, leur attachement à la procédure de qualification, garante d’un cadre national des campagnes de recrutement et de la carrière, et refusent, pour les mêmes raisons, de voir disparaître l’habilitation à diriger les recherches (HDR), comme le préconise le rapport Le Déhaut.

3. Ils expriment leur opposition à toute procédure d’évaluation individuelle récurrente et systématique des enseignants-chercheurs.

4. Ils soutiennent que les seuls niveaux pertinents pour la recherche fondamentale sont les niveaux national et international. Ils s’inquiètent de la disparition du cadrage national des diplômes, du caractère indifférencié des premières années de Licence, conduisant à affaiblir le contenu disciplinaire de la formation universitaire au profit de stages non rémunérés et au nom d’une professionnalisation précoce et incertaine. Ils s’inquiètent en particulier d’une série de mesures annoncées, comme la réforme du CAPES et du Master enseignement, (explicitement transformé en master à caractère professionnalisant) qui entraîne la marginalisation des savoirs disciplinaires et de l’esprit critique au profit d’une didactisation généralisée où le savoir-faire tiendra lieu de savoir, où les enseignants seront interchangeables. Dans le même esprit, ils s’inquiètent du rôle dévolu à l’ESPE et aux rectorats dans le pilotage technocratique et la mise en œuvre sans concertation (ou avec une concertation de parade) des politiques de formation et de préparation aux concours d’enseignement.

5. Ils estiment que la coupure qui se dessine entre enseignement et recherche, voire entre enseignants et étudiants par le biais de l’enseignement numérique généralisé, dénaturerait l’institution universitaire, serait préjudiciable à l’enseignement, à la recherche et surtout aux étudiants. L’injonction à la numérisation de l’enseignement risque de renforcer le conformisme (un cours numérisé est un cours inscrit, par écrit ou de manière audio-visuelle, c’est donc une représentation figée d’un savoir, susceptible d’être cadrée par des rhétoriques professionnellement normées mais exogènes aux enjeux de connaissance de tel ou tel domaine). Une telle conception du savoir s’oppose au caractère dialectique du cours magistral, en tant qu’expression d’une pensée vivante s’exprimant au risque de la critique devant un auditoire libre de lui opposer une contestation argumentée.

6. Ils s’inquiètent aussi de la part grandissante dévolue aux régions dans le pilotage de la recherche, au risque d’en infléchir les orientations dans une perspective utilitariste. Ils rappellent que la recherche ne saurait être purement marchande ou technique sans porter préjudice à moyen ou à long terme à l’innovation, à la culture et à la visibilité internationale des chercheurs. C’est pourquoi ils déplorent que le projet de loi ne s’engage pas à rétablir des financements pérennes majoritairement récurrents, seuls garants de l’indépendance scientifique.

7. Ils s’inquiètent de l’intolérable situation de précarité dans laquelle se trouvent nombre de jeunes chercheurs.

8. Ils se déclarent en faveur de la réintégration de la masse salariale dans le budget de l’Etat, qui est l’unique moyen d’assurer un statut de fonctionnaire d’Etat à l’ensemble des personnels.

9. Ils rappellent, enfin, leur attachement à un service public de qualité dans l’ESR.

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