Nos canicules politiques (2)

Nos canicules politiques (2)

7 juillet 2026 0 Par Igor Babou

Troisième canicule depuis le début du printemps. Elle s’annonce aussi terrible que les précédentes qui ont déjà fait plusieurs milliers de morts. Les hôpitaux (où je viens de passer 4 jours) sont sous tension, en sous effectif, sans moyens, sans climatisation, avec un personnel soignant exténué mais qui fait son possible pour prendre soin des malades. Pendant ce temps, d’immenses incendies se multiplient, dans plusieurs régions de France, accentuant la destruction de nos écosystèmes, de nos paysages, de nos lieux de vie, de nos maisons, etc., ce qui va encore renforcer les problèmes environnementaux puisque les forêts restent nos meilleurs alliées contre les canicules. Celles qui résisteront aux incendies ont toutes les chances de ne pas se remettre des successions vertigineuses de canicules : les pertes seront irrémédiables.

Tout cela était prévisible, on le sait depuis les premiers rapports du GIEC en 1989. J’ai bien dit 1989 ! Et on le sait depuis des décennies de mobilisations écologistes contre les grands projets inutiles d’aménagement du territoire, contre les coupes rases, contre les méga bassines, contre l’accaparement des terres par l’agro-industrie, son modèle irrationnel de rapport au vivant et ses pollutions cancérigènes, etc.

Ces mobilisations et manifestations écologistes pour l’intérêt général ont été constantes, elles ont mobilisé de vastes tranches de la population (des jeunes aux vieux, des bourgeois aux milieux populaires, etc.) mais elles ont été constamment réprimées dans la violence, et le sang, par les gouvernements successifs, sans oublier la répression symbolique des médias mainstream avec leur rhétorique du déni, leur ironie stupide, leur propagande climatosceptique mensongère, leur manière écœurante de focaliser l’attention ailleurs que sur les choses importantes.

Nous allons payer ces décennies d’inaction politique, d’impréparation, de stigmatisation des scientifiques et des écologistes, de bêtise crasse de nos élus locaux et nationaux, tous plus stupides et criminels que les autres en raison de leur ego, de leur conception étroite et féodale de la démocratie, de leur corruption : ils devront rendre des comptes devant l’Histoire, et on l’espère, devant la justice. En attendant, on leur souhaite de crever de chaleur et de souffrir autant que la population de ce pays qu’ils ont conduit à la catastrophe. Connards ! Vous ne méritez que notre plus profond mépris.

Pendant ce temps, la brochette d’abrutis qui nous sert de députés va voter pour donner le droit à la police de tuer impunément les habitants de ce pays : hé, les castors ! Vous nous aviez morigénés pour que l’on vote Macron au lieu de voter à gauche, sous prétexte de faire barrage au Front National ? Vous vous sentez comment aujourd’hui ? Votre absence totale de clairvoyance politique était en fait une collaboration avec les forces obscures du fascisme. Petits bourgeois de merde !

Vous avez des enfants, des petits enfants ? Quel monde souhaitez vous leur laisser ? Une terre ravagée par le capitalisme et la violence policière et militaire ? Ou bien un espoir de refonder collectivement l’habitabilité de notre planète et de restaurer un espace démocratique où l’intérêt général primerait enfin sur l’irrationalité politicienne ? Nous n’avons plus qu’un vague espoir à ce stade, d’échapper à la dictature qui s’annonce et au désastre climatique : voter pour une gauche de rupture en 2027.

Je n’ai jamais fait mystère de mes orientations anarchistes. Pourtant, il y a un moment où on doit affronter la situation politique en l’analysant de manière pragmatique. Voter, c’est de la merde, certes, mais on ne vit pas dans un monde théorique ni dans l’univers éthéré des idées. Les conflictualités en cours, les violences qui s’annoncent, celles qui ont été commises, la colossale destruction des conditions d’habitabilité de la planète etc., tout cela n’est pas totalement irrémédiable : si les mouvements sociaux d’émancipation, les associations, les ONG, retrouvaient une marge de manœuvre, une capacité à agir, alors la situation pourra s’améliorer. Ça, je le dis de manière certaine, et non idéologique : j’ai mené des enquêtes ethnographiques de terrain, sur certains mouvements militants, écologistes et solidaires, qui donnent de l’espoir là où les médias – ne voyant rien – produisent de la résignation. Je ne suis pas le seul à dire cela : les sciences sociales ont un vaste patrimoine d’exemples sur lesquels s’appuyer pour repenser les institutions, le politique, les solidarités, l’écologie, etc., et pour prouver que si on laisse faire les gens, les choses se passent généralement mieux que quand on laisse faire les politiques et la police.

Pour cela, il faut d’urgence virer les libéraux et les socio-démocrates qui ont montré leur incapacité à orienter la société dans une direction soutenable et désirable. Il faut les virer, puis les juger. Car ce sont des criminels : en réalité ils ne sont pas « incapables » de diriger le pays, non, ils sont complices du mouvement de re-féodalisation dont la petite bourgeoisie (intellectuels de médias, universitaires, journalistes, artistes subventionnés, etc.) espère tirer profit en accompagnant les milliardaires fascistes dans leur croisade réactionnaire.

Donc, pour conclure l’idée n’est surtout pas de dire « Vite ! Votons Machin, qui va nous sauver ! » On n’en est plus là. En revanche, on peut avoir la certitude que si ce n’est pas une gauche de rupture qui passe en 2027, le pays deviendra durablement une dictature fasciste aux mains de quelques oligarques. Il faut donc voter dès le premier tour pour cette gauche de rupture en faisant l’hypothèse, très réaliste, qu’elle laissera des marges de manœuvres aux mouvements sociaux d’émancipation (dont l’écologie), aux associations, aux collectifs informels et aux ONG, et que ces marges de manœuvre seront suffisantes pour réorienter le pays sur une trajectoire soutenable et désirable.<