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Réflexions

La France sombre dans la dictature

Mensonges d’Etat, propagande médiatique, répression ultra-violente des mouvements sociaux, non respect systématique de la loi par les forces de l’ordre. Les manifestations du 1er mai 2019 ont entériné ce que beaucoup d’observateurs ressentent maintenant depuis quelques années : la France n’est plus une démocratie. Trop de blessés en manifestation, trop de morts dans les commissariats depuis des années, trop peu d’enquêtes visant la police, et une justice aux ordres. La France n’est plus une démocratie. Trop d’expression du racisme, de la haine des jeunes, de la culture, des banlieues, des intellectuels, etc. La France n’est plus une démocratie. Elle ne fait même plus société.

Nous devons apprendre maintenant à vivre comme les gens vivaient dans l’URSS des années 50, ou dans l’Argentine et le Chili des juntes militaires. Il n’y a qu’une petite différence de degré dans la violence physique qui s’exerce maintenant de la part de l’Etat français – disons du régime français pour être précis – entre ce que traverse notre pays et ce que les argentins, les chiliens ou les russes ont du subir durant des décennies. Entre la Pravda et Libération, BFM TV ou Le Monde, il n’y a plus beaucoup de différence : le mensonge des journalistes de préfecture  et des éditocrates est sans limite. A la violence physique s’ajoute alors la violence symbolique. Ou vice versa, peu importe.

Je me rappelle de discussions entre amis avec mes parents, quand j’étais adolescent : on se demandait alors comment il avait été possible qu’un pays d’aussi grande culture que l’Allemagne ait pu sombrer dans le nazisme. J’ai maintenant la réponse, simplement en observant ce qui se passe en France depuis quelques décennies. C’est facile pour un pays de grande culture de sombrer dans la violence d’Etat et la répression de toute opposition au pouvoir capitaliste. Il suffit d’une classe moyenne éduquée servile et médiocre, c’est à dire d’universitaires, de journalistes et d’intellectuels soucieux de conserver leurs petits privilèges. C’est très simple : basez vous sur leur éthos hiérarchique (classements scolaires, puis universitaires), ensuite raréfiez les ressources économiques de leurs institutions et prétendez que seuls les plus “excellents” y auront accès sur la base d’appels à projets. Servez très froid : vous y êtes, vous avez éteint toute velléité d’émancipation à l’université.

Il suffit ensuite de former précocement les journalistes à l’absence de prise de risque et au journalisme de commentaire (ou de préfecture) plutôt qu’à celui d’enquête. Il convient pour cela d’avoir des disciplines et des institutions de formation qui ne s’encombrent pas d’esprit critique. Pour cela, instaurez l’écriture, le texte, comme principal objectif de leur formation. Vous trouverez toujours quelques sémiologues et littéraires alléchés par l’aubaine. N’hésitez pas à critiquer publiquement les sociologues : appuyez vous pour cela sur les sémiologues, ils savent y faire, en termes de déconstruction de toute réalité au profit d’un récit post-moderne à la con prétendant que tout ne serait que construction discursive. Mais vous trouverez aussi de l’aide dans toutes les disciplines de l’université, les sociologues pouvant se montrer aussi serviles que les biologistes, les physiciens des particules, les mathématiciens, les littéraires, les spécialistes d’épigraphie byzantine, les historiens des sciences ou les psychologues du travail. Ensuite, instaurez le dogme de la professionnalisation : plus vous aurez de formation professionnelle, moins vous aurez de formation à la recherche, c’est mécanique. Et moins vous aurez de chercheurs et de formations intellectuellement exigeantes dans un pays, moins vous aurez de personnes capables de poser de véritables questions, c’est à dire des questions qui gênent l’ordre établi, c’est à dire l’ordre marchand. Voilà, vous y êtes : vous avez maintenant une classe moyenne éduquée à l’idéologie post-moderniste chic, au commentaire du commentaire du commentaire de l’actualité, et qui considère que les différences n’existent qu’entre des structures de textes, entre des récits “mythiques”, et non dans la réalité sociale et politique. Il vous suffit d’organiser des services de presse et de communication sur ces bases, et les médias de masse reproduiront alors ce que les communicants des préfectures auront rédigé pour eux.

Il ne vous manque plus qu’un dispositif régalien suffisamment violent pour assurer le maintient de votre ordre. Disons plutôt le maintien de l’ordre que le Marché aura exigé de vous. C’est facile : faites en sorte de légiférer par des lois d’exception en vous basant sur un contexte d’incertitude que vous aurez vous-même créé. Appuyez vous sur n’importe quelle menace, réelle ou inventée. Le terrorisme, le réchauffement climatique, l’ultra-gauche, l’ultra-droite, Marine Le Pen, Mélenchon, le communautarisme, la censure des pièces de théâtre par de méchants groupuscules racisés, qu’importe, vous trouverez aisément de l’aide auprès des journalistes de préfecture pour fabriquer vos récits fictionnels destinés à angoisser une classe moyenne abreuvée d’idéologie universaliste. Voilà, vous avez installé la peur dans la société, et la haine de tous contre tous, c’est à dire la haine des dominants pour les dominés.

Il suffit maintenant d’agiter largement : faites en sorte que des messages anxiogènes soient diffusés 24h sur 24 dans tous les lieux publics. Par exemple, diffusez en boucle dans le métro des messages sonores invitant les usagers à faire attention aux pic-pockets. Renforcez les points de harcèlement publicitaires en installant des écrans plasma dans tous les lieux publics, et faites en sorte que le même message y soit diffusé en boucle : “consomme et tais-toi” (ou “sois belle et tais-toi”, etc.). Là encore, les sémiologues auront formé assez de publicitaires au story-telling pour que la population se sente affamée et apeurée à la seule idée de réduire sa consommation, donc son asservissement à votre régime. Renforcez l’usage de certains néologismes. Par exemple, le mot “populisme” est bien plus adapté à la propagande que le terme de “démagogie”, puisque c’est alors le peuple qui devient l’ennemi, et non le politicien démagogue que vous êtes.

Maintenant, vous êtes à la tête d’un régime qui durera 1000 ans : le capitalisme a triomphé. Le marché n’a jamais eu besoin de la démocratie, mais il ne s’en est véritablement rendu compte que récemment. Tout va pour le mieux dans le meilleur de votre monde. Du moins, pour le moment…

Edit du 3 mai :

Les preuves de ce glissement totalitaire, violent et raciste du régime français, tout le monde les a maintenant. Il suffit de regarder la litanie des vidéos des violences policières depuis le début du mouvement des gilets jaunes, ou même celles qui avaient été publiées avant, et de constater les chiffres effarants des assassinats de jeunes gens de couleur perpétrés impunément par la police au sein même des commissariats. Le plus emblématique étant, bien évidemment, celui d’Adama Traoré, qui est très loin d’être isolé.

Pour celles et ceux qui douteraient encore de l’état calamiteux de notre ex-démocratie, voici quelques liens (attention, certaines images sont difficilement soutenables) :

Et à propos des tentatives de contrôle des médias par le régime, ou des tentatives de contrôle de l’opinion par les médias de préfecture :

Maintenant, une dernière réflexion, en guise de piste d’avenir. L’Etat français a passé son temps à réformer dans la brutalité tous les services publics depuis 50 ans, sans jamais toucher à la police. L’enseignement primaire, secondaire et supérieur ont été laminés par ces réformes, jamais menées en concertation avec les professionnels du secteur. Le secteur de la santé a été tout autant laminé, de même que celui de la justice, du travail, etc. Il est temps d’envisager une réforme en profondeur d’un autre service public : la police. Il n’est tout simplement pas acceptable, dans une démocratie, que la police ne respecte plus aucune loi et se comporte comme une milice fasciste. Des têtes doivent donc tomber, ce qui serait une première étape. Ensuite, il faut exiger le respect de la loi, et former les policiers au droit, et au respect du droit. Il faut aussi les désarmer et leur interdire tout comportement mettant en danger les citoyens qu’ils sont supposés servir, et non asservir. Il n’y a là rien de très compliqué à organiser dans une démocratie. Il n’y aura aucune démocratie possible dans ce pays tant que la police n’aura pas été réformée en profondeur.

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