——–{—(@

Réflexions

Le métier de chercheur. Etre obligé de faire soutenir un mémoire de recherche plagiaire.

Le métier de chercheur n’est pas de tout repos. Faire exister, au quotidien, un certain nombre de valeurs scientifiques, éthiques et politiques demande une énergie et une conviction de plus en plus importantes depuis les réformes qui ont laminé l’université. L’apathie, quand il ne s’agit pas de paresse intellectuelle, règne en effet un peu partout, et le plus difficile c’est de ne pas sombrer avec le navire. Un cas micro-local servira ici de révélateur pour illustrer des tensions plus générales dans le champ universitaire. Il s’agira d’un conflit de valeur autour de la soutenance d’un mémoire de master recherche.

L’Institut de Recherche et d’Action sur la Fraude et le Plagiat Académiques (IRAFPA) s’est fait le relai de mon témoignage à propos de responsables d’un parcours de Master Recherche qui demandent de fermer les yeux sur un mémoire plagiaire. L’argument est fréquemment observé par l’IRAFPA : le plagiaire quittera l’univers académique, voire le pays, une fois diplômé, donc autant l’oublier très vite. Voici tout d’abord le témoignage en question, envoyé avant la soutenance à un moment où je cherchais des conseils, et que l’IRAFPA a publié sur son site. Je présenterai ensuite une série de contre-exemples et d’arguments :

Chers collègues,

Je me permets de vous contacter dans le cadre d’une situation assez rocambolesque pour laquelle j’aimerais assez bénéficier de votre expérience.

J’ai une étudiante de master recherche qui a rédigé un mémoire sous ma direction. Il s’agit d’un mémoire en sciences de l’information et de la communication, dans une formation de master « sciences et société » de l’université xxxx où j’enseigne. Ce mémoire va être soutenu demain matin.

Ce mémoire est très mauvais au plan scientifique (pas de problématique, argumentation illogique, propos de sens commun, énoncés faux, etc.), mais surtout il comporte une série non négligeable de plagiats de mon propre travail (un rapport de recherche collectif que j’avais indiqué à l’étudiante en lui disant qu’il pouvait lui servir de base de travail). C’est déjà assez étonnant en soi qu’une étudiante recopie sans le citer le travail de son propre directeur de mémoire, mais vous allez voir que ce n’est pas le plus étonnant.

Il se trouve que, comme je lis toujours attentivement les mémoires que je dirige, j’avais signalé à l’étudiante ces problèmes bien en amont de la soutenance en lui demandant de les résoudre. Un premier aller-retour de correction n’ayant pas donné satisfaction à mes demandes, j’ai passé un logiciel de détection de plagiat sur le mémoire. J’ai alors découvert 2 thèses et des articles scientifiques également plagiés, en plus de mon propre rapport de recherche, ainsi que des sites web institutionnels : 26% de plagiat certain.

Je m’en suis ouvert au responsable de mon Master, au directeur de mon UFR, et au directeur du laboratoire dont dépend la formation de master. Je leur ai envoyé le rapport de plagiat, en leur disant que mon avis était négatif quant à la venue en soutenance du mémoire, non seulement en raison du plagiat, mais aussi de la mauvaise qualité du mémoire.

Nous avons eu plusieurs échanges de mails, dans lesquels j’indiquais précisément tous les textes plagiés, j’apportais les preuves matérielles du plagiat, et je répétais mon refus de la venue en soutenance de ce mémoire à la fois plagiaire, mais aussi ne répondant à aucun des critères universitaires d’exigence.

Chacun des responsables m’a répondu que je devais impérativement faire soutenir ce mémoire, sans tenir compte de mon argumentation. J’avoue ne toujours pas comprendre la raison de cette obligation de soutenance, mon expérience passée dans d’autres universités m’ayant plusieurs fois amené à refuser des venues en soutenance sans que cela pose problème.

Je ne pense pas qu’il y ait d’arrière plan politique. Je pense plus à une immense paresse intellectuelle et au clientélisme des formations où la question de l’intégrité n’est pas vraiment à l’agenda des préoccupations.

On m’a toutefois suggéré de demander à l’étudiante une dernière fois de référer les passages recopiés avec des guillemets ou des notes de bas de page avant la soutenance.

Contraint et forcé, j’ai donc envoyé le rapport du logiciel à l’étudiante en exigeant qu’elle mette entre guillemets tous les passages plagiés avant la soutenance, et qu’elle nous renvoie un ultime exemplaire de son mémoire en pdf débarrassé de tous les problèmes de plagiat. J’ai aussi composé un jury avec une collègue extérieure à la formation, de manière à garantir une évaluation indépendante.

Le résultat c’est qu’il reste de nombreux passages plagiés, et que demain, en toute connaissance de cause (UFR, labo et équipe de formation prévenus), un mémoire plagiaire de master 2 recherche, qui plus est dans le domaine « sciences et société », va être soutenu…

Que pensez-vous de cette situation ? Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

Bien cordialement

 

D’après les informations dont je dispose, il n’existe pas de règlement définissant le rôle du directeur de mémoire à l’université Paris Diderot, c’est à dire qu’aucun texte formel n’interdit à un directeur de mémoire de refuser la venue en soutenance d’un master recherche. Cela signifie donc qu’il y a des usages, plus ou moins formalisés, sur lesquels on peut s’appuyer et qui font en quelque sorte jurisprudence. Voyons tout d’abord quelques exemples en sciences de l’information et de la communication :

  • Commençons pas une touche comique. Dans le guide méthodologique du master “Sciences & médias”, la formation où a eu lieu cette soutenance, document qui avait été validé collectivement en équipe et qui était en ligne sur le site du master de journalisme scientifique, on lit ceci à la page 7 : “L’autorisation de soutenance n’est pas automatique, mais décidée par le directeur de mémoire qui s’engage en estimant que le travail est prêt à être soutenu. En fonction de l’avis du directeur de mémoire, l’étudiant peut être amené à soutenir l’année suivante.” Autrement dit, le contexte est celui d’une équipe qui ne connait ni ne respecte les règles qu’elle a pourtant validées collectivement…
  • A l’Inalco, l’une des raisons pour refuser la soutenance c’est : “le directeur n’a jamais été mis au courant de l’avancement de la recherche“. Je suis bien dans ce cas de figure puisque l’étudiante m’a envoyé un mémoire “final” sans que j’ai jamais pu lire aucune version intermédiaire qui m’aurait permis de juger à temps de l’avancement de son travail, en dépit de mes demandes lors de nos rendez-vous.
  • Au Celsa, la règle est que c’est le directeur de mémoire qui décide de la venue ou non en soutenance des mémoires, et si un mémoire n’est pas soutenu après 3 tentatives, on ne délivre tout simplement pas le diplôme. On n’encombre donc pas les jurys ni les collègues avec des lectures indigentes, ni avec des soutenances qui n’ont pas lieu d’être, en les mettant sur le même plan que des travaux sérieux et honnêtes.
  • A l’université de La Réunion, le département des Sciences de l’information et de la communication oblige dorénavant ses étudiants de Master à signer une charte de non-plagiat et refuse la venue en soutenance au-delà de 10/15% d’incertitudes après passage sur Compilatio, le logiciel de détection de plagiat.

Passons maintenant à d’autres disciplines, et on revient au plagiat dès les premiers exemples :

  • En études anglophones, à l’université de Strasbourg on lit ceci (p. 2) : “Un plagiat caractérisé sera sanctionné suivant les cas par un refus d’autorisation à soutenir ou par une annulation de soutenance, et par conséquent par la non délivrance du diplôme de Master.
  • En Arts du spectacle et audiovisuel, à l’université de Strasbourg, on lit ceci (p. 35) : “En cas de plagiat manifeste identifié avant la soutenance, celle-ci est annulée. En cas de plagiat découvert après coup, le département demande l’annulation du diplôme.
  • En droit, à l’université Paris Ouest Nanterre (p. 19), on lit ceci : “Le directeur peut s’opposer à la soutenance pour cause de mémoire bâclé (fond et forme).
  • En sciences de l’éducation et de la communication à l’université de haute Alsace, on lit ceci (p. 24) : “L’échec en fin d’année de recherche, soit par non-autorisation à soutenir, soit par avis défavorable du jury lors de la soutenance, nécessite dans tous les cas une demande de reconduction du sujet si l’étudiant souhaite continuer son travail.
  • En Histoire, à l’université de Bretagne Sud, on lit ceci (p. 4) : “Seul le directeur de mémoire est habilité à accepter – ou non – la soutenance du mémoire de Master 1 ou de Master 2 devant un jury.

Je crois qu’on peut s’arrêter là pour les exemples en contradiction avec ce qui est pratiqué à l’université Paris Diderot. Venons-en maintenant aux arguments les plus décisifs. Pourquoi est-il important que le directeur de mémoire reste décisionnaire, quitte à ce que tous les mémoires n’arrivent pas forcément en soutenance ? Par sadisme ou par fanatisme ? Non, mais pour des raisons précises :

  • Le plagiat est inadmissible dans la perspective du travail de vérité qui est supposé être celui des sciences. Aucun texte plagiaire ne devrait être publié. Or, une soutenance, c’est de facto une mise en public de résultats de recherche qu’on accepte de discuter, au même titre qu’une thèse, même si bien évidemment le niveau d’exigence n’est pas le même.
  • Un master et un mémoire ne se résument pas à une note. Le mémoire devient par définition public une fois soutenu et il engage alors à la fois le directeur de mémoire et le laboratoire : il peut être cité, notamment dans certains travaux scientifiques comme les livres, les articles et les thèses. On peut bien entendu refuser l’enregistrement en bibliothèque après soutenance : mais alors, quel sens a la soutenance ? Est-ce devenu un simple exercice administratif de notation, balayant les siècles de rituels de soutenance qui font de ces moments les rares moments où l’université peut être authentiquement elle-même, c’est à dire un lieu consacré au savoir et à la discussion critique ? En est-on arrivés là ?
  • Puisque dorénavant un directeur de mémoire ne peut plus bloquer une venue en soutenance, je me suis posé la question de ce sur quoi cela pouvait déboucher. Devra-t-on prendre le risque de faire soutenir coûte que coûte des mémoires qui seraient, par exemple, porteurs de contenus homophobes, antisémites, racistes, ou révisionnistes ? Ce ne sont pas des exemples fictifs : à Lyon 3, il y a une décennie, des mémoires révisionnistes avaient été soutenus (voir par exemple ici : https://www.humanite.fr/node/205980). Cela avait fait scandale !
  • Dans le parcours recherche d’un master en études de sciences, au sein duquel il existe des cours d’éthique des sciences et de zététique, et dans lequel on attire l’attention des futurs journalistes scientifiques sur le “fact checking“, laisser passer un mémoire plagiaire et sans contenu scientifique est plus que paradoxal. Cela révèle même d’inquiétantes contradictions.
  • Les étudiants, une fois leur master en poche, pourront candidater plus tard en thèse : est-il légitime de transiger à ce point sur les exigences scientifiques et éthiques lors de leur formation ?
  • Les étudiants, une fois leur master en poche, pourront candidater plus tard sur des postes de la fonction publique : doit-on vraiment donner cette possibilité à des gens qui n’auraient fait aucun effort de construction critique, ni d’apprentissage méthodologique ? Doit-on les mettre en situation de concurrence déloyale avec les étudiants sérieux qui ont rédigé un mémoire correct ?
  • En Lettres et SHS, il y a des théories à connaître, des manières d’interroger les textes et les sociétés qui sont plus ou moins légitimes, il y a des cadres épistémologiques, des concepts, des méthodes, des revues savantes, etc. De ce point de vue, rien ne distingue les Sciences de l’information et de la communication des Lettres modernes, du Droit, de l’Histoire, des Etudes anglophones, de la Sociologie ni de la Linguistique. Un mémoire de master en infocom ne se résume donc pas à un simple “stage” technique qu’il faudrait absolument valider par une note : c’est un savoir qui est produit, et qui débouche sur la publicisation d’une connaissance.
  • On n’aide nullement un étudiant en lui faisant croire qu’il aurait un niveau de master 2 quand tel n’est pas le cas.
  • On ne fera pas bénéficier la science d’une meilleure reconnaissance publique avec de futurs journalistes scientifiques qui n’ont pas fait d’effort de problématisation, d’analyse critique ou de questionnement durant leur parcours de formation.
  • Il est indécent, dans le contexte de la charge de travail qui est la notre de faire perdre inutilement son temps à un jury.

Aucun de ces arguments n’a été pris en compte par l’université Paris Diderot. Cette dernière affiche pourtant un discours très ferme à l’égard du plagiat (voir ici : https://www.univ-paris-diderot.fr/charte-anti-plagiat et là : https://formation.univ-paris-diderot.fr/sanctions-disciplinaires). D’un côté (direction de l’UFR et du laboratoire), on m’a opposé des arguments administratifs : constatant qu’il n’existait pas de texte réglementaire à l’université Paris Diderot, et au lieu de profiter de ce vide réglementaire pour faire exister une exigence de qualité et de vérité,  il m’a été répondu qu’il ne fallait pas “restreindre le droit des étudiants à présenter leur mémoire, lequel découle de l’inscription administrative dans le diplôme et pédagogique dans l’UE”. De l’autre (équipe du master), l’argumentation – si on peut encore parler d’argumentation à ce stade – a consisté à exiger une note quoi qu’il arrive, et à s’abriter derrière une posture de “bienveillance” à l’égard des étudiants. Ces collègues étaient même prêts, en cas de refus de ma part d’organiser la soutenance, à composer un jury strictement interne à la formation et dans lequel j’aurais été “le bienvenu”…

Le service juridique de l’université, consulté en amont au sujet de cette soutenance, a fait savoir qu’en cette période de fusion des universités, il y avait peu de chance qu’un mémoire plagié rencontre l’attention des services. Bureaucratie, quand tu nous tiens…

La soutenance a donc du avoir lieu. Pour ce faire, j’ai composé un vrai jury, c’est à dire un jury avec un membre extérieur à l’université Paris Diderot. Et la note a évidemment été très mauvaise. J’en profite pour remercier vivement cette collègue qui a bien voulu consacrer du temps à ce travail.

Je conclue en disant que les enjeux éthiques, politiques et cognitifs des sciences ne se situent pas seulement dans l’au-delà des controverses scientifiques, ni dans la chasse aux erreurs ou aux simplifications médiatiques, ni dans la banalité rhétorique des discours sur “l’excellence” universitaire, ni dans l’accusation – démontrée comme étant fausse – d’irrationalité des publics ou de leur supposée défiance à l’égard des sciences, et encore moins dans le positivisme béat de la zététique. Ils se jouent aussi et surtout dans le quotidien des formations, dans tous les interstices où il faut tenir pied sur des détails qui sont importants, sans quoi c’est tout l’édifice qui vient à chanceler. D’autant que nous traversons une période de délégitimation active de nos disciplines par les pouvoirs en place. C’est à chacun de tenir des positions, d’argumenter, de défendre des points de vue qui sont “politiques” au sens plein du terme.

Il s’agit ici de la responsabilité sociale des enseignants-chercheurs, qui devraient se demander à chaque décision à prendre “quelle est la société que je souhaite pour demain ?”. Car c’est bien ce que l’on fait quand on enseigne : on prépare la société de demain. Est-ce que nous souhaitons vraiment que la société de demain soit basée sur le mensonge, la tricherie, le refus de se questionner, la paresse intellectuelle et des visions administratives et bureaucratiques du savoir ? N’avons-nous plus que cela à transmettre au sein de l’université ?

Quelques liens pour creuser la question du plagiat universitaire :

Blogs et sites :

Articles de presse :

Articles et ouvrages scientifiques :

 

Discussion

3 Réponses à “Le métier de chercheur. Etre obligé de faire soutenir un mémoire de recherche plagiaire.”

  1. Merci Igor Babou pour ce texte extrêmement argumenté et précis, d’une grande utilité car nous pouvons nous appuyer sur des éléments que tu apportes dans les situations que nous sommes amenés à affronter. Nous avons intérêt à partager des expériences. Il y a deux ans, j’ai eu un cas de plagiat dans une formation que je dirigeais. L’étudiant, cadre supérieur brillant en reprise d’études, a plagié pour le rendu d’un des modules de la formation, l’enseignant m’a alertée. Il y a eu une commission, après deux trois jours de forte tension, l’étudiant a reconnu par écrit le plagiat et le module n’a pas été validé. Ce qui est intéressant c’est que cet étudiant a complètement changé d’attitude ensuite par rapport à la formation et aux sciences sociales. Je pense qu’il ne s’attendait tout simplement pas à ce que les critères affichés d’exigence universitaires soient vraiment sérieux (tant d’exigences proclamées ne sont que de la communication dans le monde professionnel). Il a pris au sérieux son propre travail et celui des autres, et je pense que ça a été un apport très important. J’ai par ailleurs un souvenir que tu connais. Il y a bien plus longtemps, un étudiant fils de personnalité politique importante à l’étranger m’avait demandé l’attribution d’une note à un travail qu’il n’avait pas fait car il estimait qu’il avait évidemment le niveau et n’avait pas de temps à perdre. Refus évidemment. Le soir même, il m’envoyait un mail avec, pour seul contenu, en objet, une citation glaçante, très menaçante, mais avec une tonalité « humoristique » permettant éventuellement de mettre sur le dos du destinataire une interprétation au premier degré. Le directeur du DEA alerté hésitait de fait sur la conduite à tenir. Lorsque l’étudiant a eu le culot incroyable de se représenter en cours, je me rappelle que tu as pris sur toi de lui dire qu’il ne devait plus jamais remettre les pieds dans l’établissement, ce dont nous t’avons été très reconnaissants.

    Posté par Le Marec Joëlle | 10 novembre 2019, 11 h 22 min
  2. Merci à toi pour ce retour sur mon texte. Je me rappelle bien en effet du cas de cet étudiant qui t’avait envoyé des menaces de mort à peine voilées, menaces face auxquelles notre institution de l’époque n’avait pas jugé utile de répondre, d’où mon évacuation de cet étudiant “manu militari”. On se sent souvent très seul quand on désire défendre des valeurs à l’université. Certains collègues qui luttent contre le sexisme à l’université ont du démissionner au lieu d’être protégé par leur institution, quand on lutte contre le plagiat on se fait accuser au lieu d’être défendu, et quand on reçoit des menaces on doit se débrouiller seul. Si c’est à cela que mènent les revendications humanistes, critiques et universalistes qu’on lit un peu partout sous la plume de nos collègues, alors c’est que nous vivons une ère bien déprimante. Ce que permet de comprendre ton exemple de plagiat, et sa résolution, c’est qu’on a raison de tenir à la dimension symbolique, quasi rituelle, des épreuves universitaires, notamment et surtout les soutenances. Ce ne sont pas que des actes pédagogiques, sanctionnés par une note et un document administratif. Ce sont aussi et peut-être surtout des normes de socialisation aux Lettres et SHS, et à certaines valeurs qu’on devrait préserver, comme l’intégrité, le respect des auteurs, le gout pour la vérité et pour l’originalité des savoirs et arguments produits dans les travaux, l’intransigeance face au mensonge et à la paresse, etc.

    Posté par Igor Babou | 10 novembre 2019, 12 h 01 min
  3. Je suis en effet convaincue qu’on fabrique jour après jour la société de demain. Faire un mémoire, c’est produire quelque chose, le donner à discuter, le défendre. Si celles et ceux qui font un mémoire sans aucune valeur à leurs propres yeux se rendent compte que cela n’a aucune importance, alors forcément, leur regard sur l’ensemble de ce qui se fait à l’université et ailleurs se construira sur cette expérience de l’insignifiance : il n’y a alors aucune raison d’attacher de la valeur à ce qui se dit, s’écrit, se défend, si on a soi-même fait l’expérience que ça ne comptait pas? Il arrive à peu près partout, dans mon établissement et dans bien d’autres,que des étudiant.e.s ne valident pas le mémoire la première année. Ils doivent se réinscrire. Parfois ils ne parviennent pas à le faire en dépit des possibilités de réinscription. Mais au moins, ceux qui parviennent à soutenir un mémoire dans lequel il défendent leur propre travail, au bout de deux ou de trois ans, savent qu’ils ont réussi quelque chose.

    Posté par Le Marec Joëlle | 10 novembre 2019, 13 h 02 min

Commenter