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Mafate (La Réunion) : l’art des sentiers

Entre 2011 et 2015, j’ai mené un travail d’enquête ethnographique dans le cirque de Mafate, à La Réunion. Ce travail a débouché sur des publications scientifiques, mais aussi sur un ensemble de photographies. J’ai observé le travail d’aménagement et d’entretien des sentiers de randonnée par des agents de l’ONF (Office National des Forêts) qui vivent à Mafate : ils travaillent autant pour les randonneurs que pour les habitants du cirque, c’est à dire pour eux-mêmes. Ce travail d’aménagement des sentiers leur est essentiel dans la mesure où il n’existe aucune route dans Mafate.

Ce que je cherchais à montrer, au delà du travail des personnels de l’ONF, c’est une nature aménagée, gérée, mais aussi en quelque sorte « écrite » : loin des stéréotypes de la nature sauvage et dépeuplée des dépliants touristiques, Mafate est en effet un lieu habité, et on n’y accéderait pas sans qu’une logistique s’y déploie. On ne s’y déplacerait pas, par ailleurs, sans qu’une signalétique ne désigne au marcheur les sentiers à suivre. Enfin, ce travail d’aménagement des accès à la nature serait impossible si une coordination du travail n’intervenait pas : celle-ci passe par divers signes – croix, lettres, chiffres, points, etc. – inscrits à la bombe acrylique sur des rochers, ou directement sur des tronc d’arbres.

Le paradoxe qui m’intéresse est le suivant : pour que le randonneur ait l’impression d’une nature sauvage, vierge, indomptée, il faut mettre en œuvre une logistique importante, organiser un travail constant et mettre en place une écriture, des signes servant de repère à ce travail, ainsi qu’au déplacement et au repérage des marcheurs. Autant d’actions et de signes qu’on finit par ne plus percevoir : un infra-ordinaire qui nécessite une énergie, des savoirs, et des interactions. Un art des sentiers.

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