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Réflexions

Nous allons répondre à la terreur par moins de démocratie, moins d’ouverture et moins de tolérance

Après les attentats d’Oslo, Jens Stoltenberg, alors Ministre d’Etat en Norvège, déclarait : « J’ai un message pour celui qui nous a attaqué et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur. Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance ».

Après les attentats de Paris, François Hollande déclare qu’il faut entrer en guerre, met à mal les libertés publiques, et souhaite modifier la constitution. Si les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, quel pêché a donc pu commettre le peuple français pour mériter un président doté d’un tel manque d’envergure et de pertinence politique ? Ajouter l’indécence des rodomontades et des fausses solutions sécuritaires et guerrières à l’horreur des crimes commis n’est pas à la hauteur des enjeux.

Plus je réfléchis à la situation, et plus je pense que parmi la multiplicité des raisons qui ont conduit des jeunes français à préférer se faire exploser au milieu d’autres jeunes français ou à les mitrailler à la kalachnikov, plutôt que de partager des moments de convivialité, de musique ou de sport avec eux, il y a la manière dont les gouvernements successifs se sont acharnés à détruire tout espoir dans notre pays, depuis plus de dix ans, au nom des dogmes libéraux. Eux qui osent monter aujourd’hui en tribune, en revendiquant des « valeurs » et en chantant la marseillaise, devraient plutôt s’excuser d’avoir détruit dans ce pays tout ce qui y créait du lien social : associations (dont la réduction drastique des financements empêche le travail), services publics (liquidés sur l’autel de la rentabilité), lieux de savoir et de culture (voués au marketing), universités et recherche publique (liquidées au nom du crédo de la compétitivité). Ils ont fait de la concurrence de tous contre tous leur alpha et leur oméga : les politiques libérales, ainsi que les médias qui les servent en véhiculant une parole « décomplexée » sans la moindre éthique du débat public, portent une lourde responsabilité dans la monté des extrémismes et des haines entre communautés.

L’urgence aujourd’hui, comme hier, est de restaurer l’espoir, de reconstruire un avenir commun loin de la vacuité des discours médiatiques et politiciens. On ne le fera pas sous la pression de l’urgence, et encore moins dans un cadre sécuritaire et guerrier. On ne le fera pas avec les recettes du passé, qui ont prouvé leur nocivité : voyez où nous a conduit la politique guerrière des USA à l’égard de l’Irak, et où nous a menée l’incohérence d’une politique extérieure entièrement vouée au « pragmatisme » économique, et au nom duquel la France vend des armes de guerre à des pays qui financent le terrorisme. Incohérence, également, de l’affichage de valeurs universalistes au moment-même où nous pratiquons un immonde tri sélectif des réfugiés fuyant des zones de guerre. Incohérence, enfin, des leçons de démocratie et de bonne gestion environnementale données aux pays du sud, alors que nous sommes ni capables de résoudre démocratiquement nos propres conflits sociaux, ni ouverts à une transition écologique réelle.

On ne ré-ouvrira des possibles qu’en retrouvant une cohérence sur des bases à la fois éthiques, réflexives, et de connaissance partagée et négociée : cela prendra du temps, cela sera difficile, et cela ne viendra pas d’en haut. Cela revient à refaire de la politique au sens noble, et non au sens des partis politiques, là où l’économique et le médiatique ont pris le dessus.

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