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Réflexions

Elections à la direction de l’équipe LIL du LCF (EA 4549)

porte-voixIl y a eu des élections au sein du laboratoire dans lequel je mène mes recherche, le LCF (Laboratoire de recherche sur les espaces Créolophones et Francophones). Il s’agissait d’élire le directeur d’une des deux équipes internes : l’équipe LIL (Littérature, Information-communication et Linguistique), suite à la fin du deuxième mandat de Michel Watin, qui souhaitait trouver un remplaçant. Les collègues m’ont fait la joie et l’honneur de m’élire, et je les remercie de leur confiance. On a un projet intéressant, et un potentiel de recherche également stimulant, et pas mal de doctorant(e)s.

Tout irait donc pour le mieux si l’université française ne traversait pas l’une de ses crises les plus profondes depuis 1968, à cause de la liquidation en cours de tout son potentiel de recherche et d’enseignement par l’actuel gouvernement qui a repris en pire les attaques insensées du précédent. Il y a peu de chances, en dépit des luttes qui s’annoncent, que l’université et les organismes de recherche qui nous ont été légués par nos prédécesseurs, ces institutions dont les acteurs nous ont nourri intellectuellement et qui ont été à l’origine des plus belles avancées scientifiques auxquelles sont attachées les noms de Bourdieu, Foucault, Barthes, Morin, Levi-Strauss, Descola, Moscovici, et tant d’autres moins célèbres mais tout aussi importants, il y a peu de chance donc que cette université survive. Les institutions continueront d’exister, certes, mais vidées de tout potentiel créatif, aliénées à des enjeux marchands et aux potentats politiques et industriels locaux, loin de toute pensée critique, encore plus loin de toute prétention à l’universalisme, et à des années lumière des derniers feux d’un humanisme qui brillait encore, même faiblement. Nous mettrons peut-être 20 ou 30 ans à reconstruire ce que les imbéciles qui nous gouvernent, de droite comme de gauche, au niveau des ministères comme au sein des établissements, auront détruit. Et encore, je doute que cela soit même possible. Les études universitaires verront certainement leur coût augmenter et leur niveau baisser considérablement, créant une scission entre universités pour riches et universités pour pauvres. Quant à l'”excellence” scientifique, ou la renommée internationale des recherches françaises, autant dire que plus rien n’est possible dans le contexte de destruction budgétaire, structurel, scientifique et pédagogique qui est en cours.

Dans ce contexte crépusculaire, ma position restera celle de la résistance et de la fidélité à des valeurs : il faut se battre pour l’exigence scientifique, pour l’autonomie d’une pensée critique, pour des valeurs de respect et de solidarité, pour que le secteur des Lettres, des Langues, et des Sciences humaines et sociales reste le poil à gratter de nos sociétés et continue à lui tendre un miroir à la fois bienveillant et sans complaisance. La recherche et l’enseignement supérieur n’ont aucun intérêt en dehors d’un projet politique de transformation sociale qui ne peut pas ne pas être profondément subversif.

“Pacification”, “libre développement des besoins et des facultés humaines” – ces concepts peuvent être empiriquement définis en termes des ressources et des capacités matérielles et intellectuelles disponibles, si on envisage de les utiliser systématiquement pour alléger la lutte pour l’existence. Telle est la base objective de la rationalité historique” (Marcuse, L’Homme unidimentionnel, Paris Éditions de Minuit, 1968 [1964], p. 244-245)

L’université et la recherche française qui se préfigurent dans le cadre des réformes en cours, aussi bien dans leur projet global que dans leur mise en œuvre locale, n’ont jamais été aussi loin d’un tel projet qui reste à construire, dans les luttes quotidiennes, contre les forces de l’obscurantisme utilitariste, politique et économique.

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