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Réflexions

Un pas de plus vers la criminalisation des mouvements écologistes en France

Le Pen en aurait rêvé, Zemmour également, mais c’est finalement le gouvernement de Macron qui aura entériné la criminalisation des mouvements sociaux dans le pays qui se targuait autrefois d’être le parangon des Droits de l’Homme. Le Préfet de la Vienne, un certain Jean-Marie Girier, a menacé de couper les subventions accordées à l’association Alternatiba au motif d’une rupture du « contrat d’engagement républicain ». Tout ça en raison de l’organisation, par Alternatiba (avec Greenpeace et Extinction Rebellion), d’un atelier de « Formation à la désobéissance civile » (voir ici : https://usbeketrica.com/fr/article/va-t-on-vers-une-forme-de-separatisme-des-militants-ecologistes). La désobéissance civile, c’est une modalité d’action non violente, et Alternatiba ce n’est pas franchement les Brigades Rouges. Mais le caractère extrêmement vague des textes sécuritaires qui s’empilent dans notre corpus juridique depuis que notre pays a cessé de se penser comme un État de droit, permet de menacer n’importe quel mouvement social pour peu qu’il ne rentre pas dans la ligne officielle des libéraux au pouvoir. Et il est maintenant très clair que ces libéraux n’ont aucune intention de s’attaquer aux problèmes du climat, de la biodiversité, des pollutions, etc. Mieux vaut donc s’attaquer à l’écologie… La France a pourtant été condamnée en 2021 par un tribunal administratif pour son inaction climatique.

Avec cette nouvelle, on croirait avoir affaire à un usage un peu scolaire, voire fictionnel de la Novlangue orwellienne : “Le pacifisme c’est la guerre“, etc. Mais non, pas besoin de se pincer, nous ne sommes pas dans une fiction dystopique. N’est pas Jean Moulin qui veut : Jean Moulin était préfet, mais lui a résisté, et pas que de manière “civile”. Il l’a payé de sa vie. Le préfet de la Vienne n’en a ni la carrure, ni l’intelligence, ni la droiture. Ce préfet-là, ce minable, a pris la décision de menacer une association pacifiste en raison de son supposé “séparatisme” sous prétexte qu’elle organise une formation à la désobéissance civile. En France. En 2022. Je veux dire : pas en Iran, ni dans une obscure dictature des pays de l’Est, et pas non plus dans les fameuses “heures z’obscures de notre Histoire” ! Non, c’est bien chez nous en 2022 que ça, se passe… Ah ouais, quand même !

Face à l’absence quasi-totale de réaction des médias et des intellectuels devant l’érosion progressive des droits fondamentaux dans notre pays, essayons d’imaginer quelle sera la suite logique de cette plongée dans les abimes sécuritaires de la bêtise ordinaire : après l’interdiction de cette formation à la désobéissance civile pour cause de “séparatisme”, je suggère au législateur ou à n’importe quel préfet.e de service de procéder immédiatement à la mise à l’index et à l’interdiction de toute littérature pouvant comporter des incitations à la résistance pacifique ou à la désobéissance civile. Commençons donc par interdire la vente et la lecture de l’intégralité des ouvrages de Henry David Thoreau, cet apologue du séparatisme qui menace les fondements de notre République si exemplaire.

Ensuite, interdisons toute référence à Gandhi, cet affreux séparatiste d’un pays du Sud, qui en plus avait le désagrément de ne pas avoir la peau très blanche : mauvais, ça ! Ensuite on pourra interdire tous les cours universitaires portant de près ou de loin sur les Droits de l’Homme : ça ne sert à rien pour monter une start-up, et ça risque d’inciter nos chères têtes blondes à se séparer du Régime Français ! Et puis, allez, soyons fous ! Fermons les universités et les écoles, car le savoir ne mène qu’à relativiser la Pensée de la Vérité Libérale qui est notre Salut : notre Grand Timonier libéral nous guidera alors sur le Chemin d’un Régime qui durera mille ans sans séparation d’aucune sorte.

Vous le sentez bien le boulet ? Vous la sentez bien la laisse ? Vous les voyez bien les murs qui se rapprochent, les fenêtres qui se ferment, et les bottes qui frappent le pavé ?

Oui, je vous parle à vous, les castors qui avez appelé à voter Macron pour contrer Le Pen, et vous les intellectuels aux ordres, et vous les journalistes de non-investigation : ho ! Vous allez vous excuser un jour de vos compromissions avec la violence d’État et avec le mépris de la démocratie qui n’ont d’autre objectif que d’assurer votre train de vie de petits bourgeois sans imagination ? Vous allez laver la merde que vous avez devant les yeux et vous faire greffer un cerveau, ou quoi ? Il vous en faut plus, c’est ça ? Peut-être vous faut-il un dictateur bien caricatural, avec des lunettes noires et qui ferait le salut nazi toutes les trois secondes, pour que vous réagissiez enfin ? Mais dans quel univers mental vivez-vous ?

On aimerait tant se séparer de vous, si vous saviez…

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