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Réflexions

Contribution de la 71ème section aux Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche

Dans le contexte de la mise en place des Assises de l’Enseignement Supérieure et de la Recherche, les représentants élus de la 71ème section du Comité National des Universités (Sciences de l’information et de la communication) a rédigé un texte que je trouve très clair et pertinent. Même si, comme je l’indique ici, j’estime qu’il est politiquement important de ne pas participer à ces assises et de leur assurer ainsi le minimum possible de légitimité, ce texte de la 71ème section rappelle les principes sur lesquels tout scientifique devrait se positionner pour débattre de recherche et d’enseignement supérieur. En l’occurrence, ces principes sont ceux qui nous ont poussés, par milliers, dans la rue en 2009 contre les réformes qui conduisent, actuellement, à la destruction de la recherche et de l’université sous couvert d'”autonomie”.

 

La 71ème section s’est réunie en assemblée générale (titulaires ou suppléants siégeant en remplacement du titulaire absent) le 4 septembre 2012. 20 membres de la section (sur 24) ont participé à cette réunion et un accord général s’est affirmé sur les positions décrites ci-dessous.
La discussion s’étant spontanément portée sur l’ensemble des enjeux majeurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et sur les missions de l’université, la section a choisi de structurer sa contribution en deux parties, une déclaration générale et un ensemble de réponses aux questions ponctuelles posées par le canevas distribué à l’initiative de la CPCNU.
Compte tenu de l’ampleur des enjeux et des débats, certaines questions n’ont pu recevoir réponse lors de cette AG.

1 – Positions générales de la 71ème section
La 71ème section se félicite de l’ouverture d’assises sur l’enseignement supérieur et la recherche permettant d’ouvrir un débat global sur les activités d’enseignement et de recherche et leur gestion, débat qu’elle avait demandé dans la motion rédigée dans le cadre de la consultation de mars 2011.
Elle souligne toutefois l’importance de poser ces questions dans toute leur ampleur, sans en rester au questionnaire très circonscrit rédigé par la CP-CNU.
Elle tient plus généralement à souligner que l’implication des enseignants-chercheurs dans le débat ne peut se limiter à une consultation sur les procédures de gestion de leur carrière et que leur présence est indispensable dans les autres volets des assises, pour se prononcer sur toutes les questions politiques majeures que pose l’avenir de l’enseignement et de la recherche.

C’est pourquoi, aux réponses précises ci-jointes, la section a tenu à associer des considérations plus générales.

Elle observe que l’application forcée à l’enseignement supérieur de modalités de gouvernance, de gestion et de contrôle se revendiquant de l’industrie et du modèle Recherche et développement (R&D) – où d’ailleurs elles sont loin d’avoir fait leurs preuves – s’avère totalement inadéquate pour favoriser la qualité du travail d’enseignement-recherche et assurer la prise en charge du rôle de l’université vis-à-vis de la société.

Les membres de la 71ème section, qui souhaitent participer à l’amélioration de l’enseignement supérieur et de la recherche et souscrivent aux objectifs de qualité de la recherche et de l’enseignement comme à la nécessité pour l’université d’apporter son concours à la société, à la culture, à l’activité économique et à la démocratie, insistent sur le fait qu’aucun progrès ne peut reposer sur des procédures purement techniques et que le débat doit aussi et avant tout porter sur les finalités, les principes et les missions de l’université.

En effet, les difficultés importantes auxquelles se trouve confrontée l’université aujourd’hui tiennent au surdéveloppement de structures extrêmement bureaucratiques et au fait que la production et la transmission des savoirs ont été négligées dans cette conception du management au bénéfice de procédures parasitaires et totalement détachées des ressources et problèmes réels rencontrés par la pédagogie, la recherche et l’insertion professionnelle des étudiants. La section observe que les réformes qui ont été introduites au nom du New public management n’ont nullement favorisé, ni la qualité de la recherche, ni la fécondité des relations entre l’université et l’industrie, ni la meilleure préparation des étudiants à la vie professionnelle, mais qu’elles ont systématiquement miné la ressource majeure que constitue la confiance entre les acteurs et occasionné le développement d’une souffrance au travail croissante qui est tragique parce qu’elle frappe tout particulièrement des agents profondément attachés à leur métier. À cet égard, la mise en concurrence des équipes de recherche et le scorage de leur activité n’apportent aucune ressource pour la qualité des savoirs produits et met gravement en difficulté des collectifs dont le travail est indispensable au développement des disciplines et au fonctionnement des universités. Ces graves difficultés proviennent de ce que les principes qui ont guidé la mise en place de cette bureaucratie du contrôle ont été élaborés dans une grande ignorance de la culture et du sens des métiers concernés.

Pour cette raison, la 71ème section souhaite que les Assises ne s’enferment pas dans un débat gestionnaire et procédural mais fondent une autre façon d’envisager l’université, discutent les grandes finalités de l’enseignement supérieur et de la recherche, affirment et respectent la diversité des modes de production des savoirs et des contributions apportées à la société par les différentes disciplines, rompent avec le principe de la mise en concurrence des personnes et des équipes et avec l’évaluation fondée sur la défiance vis-à-vis de l’engagement des enseignants-chercheurs, réaffirment le rôle irremplaçable de l’université comme lieu de transmission démocratique du savoir et de production de connaissances originales et fécondes.

Elle propose, que soit affirmé comme objectif majeur pour les Assises le fait de rompre avec les activités parasitaires et de réduire drastiquement le temps et l’énergie consacrés à justifier et contrôler les activités pour permettre aux enseignants-chercheurs et aux équipes de se recentrer sur leurs missions fondamentales. La capacité à changer radicalement la proportion de temps et d’énergie consacrée à produire et transmettre des savoirs par rapport à celle vouée à justifier et évaluer sera un critère d’efficacité des Assises.

La section insiste également sur le fait que toutes les mesures envisagées doivent préserver la spécificité des pratiques des différents champs du savoir aux dépens de l’illusion d’uniformisation des procédures qui aboutit à la paralysie de nombreuses activités indispensables à la vie de la science, de la recherche et de l’enseignement.

La section attire donc l’attention des organisateurs des Assises sur le fait que, d’une part, toutes ces questions ne peuvent être discutées sans prendre en compte le contexte international de l’université et du métier d’enseignant-chercheur et, d’autre part, le temps très limité consacré aux Assises doit être suivi d’un débat mené dans la durée sur des questions qu’il n’est pas possible de résoudre sans un dialogue de fond construit et prolongé.

Les différentes réponses précises données ci-dessous se fondent sur ces principes.

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